mardi 1 mai 2018

Approche par découverte ou enseignement explicite, un choix?


Dans le décret missions de la Communauté française de Belgique, décret définissant les missions prioritaires de l'enseignement fondamental et de l'enseignement secondaire et organisant les structures propres à les atteindre, on peut lire : « Pour atteindre les objectifs généraux (visés à l'article 6), les savoirs et les savoir-faire, qu'ils soient construits par les élèves eux-mêmes ou qu'ils soient transmis, sont placés dans la perspective de l'acquisition de compétences. »

(Photographie : Joakim Eneroth)

Il suffit d’un bref coup d’œil sur la page Wikipédia consacrée à la pédagogie pour se dire que non, son histoire, particulièrement dans le dernier siècle qui voit l’avènement d’une scolarisation de masse n’est pas un long fleuve tranquille. Rien ne semble la cristalliser plus actuellement que la dissension entre l’approche par découverte et l’approche instructionniste défendue par l’enseignement explicite.

Ayant passé mon agrégation pour devenir enseignant au début des années 2000, j’ai baigné complètement dans la mouvance socio-constructiviste. Mon parcours d’enseignant confronté à la réalité du terrain, particulièrement sensible aux conditions de l’efficience, et certaines lectures m’ont fait douté de ses préceptes qui de prime abord avaient une dimension à la fois romantique et idéalisée.

J’ai donc entamé peu à peu de façon de plus en plus convaincu une transition vers l’enseignement explicite. Parmi ces lectures et découvertes qui ont jalonné ce chemin, l’une d’entre elles, « Why minimal guidance during instruction does not work: An analysis of the failure of constructivist, discovery, problem-based, experiential, and inquiry-based teaching. » de Kirschner, Sweller et Clark (en 2006) reste comme un électrochoc, un séisme, qui d’emblée a amorcé un profond changement de perspective. J’ai donc eu envie de revenir sur ce texte et dans un second temps su les répliques qui ont suivi pour en revisiter et me remettre en perspective ses argumentations sans concessions :

Une première précision importante est de distinguer clairement ce que l’on entend par d’un côté l’approche par découverte et l’enseignement explicite.

Caractéristiques de l’enseignement explicite :


L’enseignement explicite né des recherches effectuées aux USA sur l’enseignement efficace :


1)    Les apprenants novices doivent recevoir un guidage pédagogique direct qui fournit des informations qui expliquent pleinement les concepts et les procédures requises par une discipline particulière.
2)    Les apprenants ne doivent pas être laissés à eux-mêmes pour découvrir ces procédures et concepts.
3)    Il s’accompagne de stratégies d'apprentissage compatibles avec l'architecture cognitive humaine. 
4)    L'apprentissage est défini comme un changement dans la mémoire à long terme.

Caractéristiques de l’approche par découverte


L’approche par découverte existe sous différentes formes qui partagent la notion de pédagogie active avec une approche minimalement guidée : apprentissage basé sur les problèmes, apprentissage par l'enquête, apprentissage par situation problèmes, apprentissage par l'expérience ou encore apprentissage constructiviste.

Quelques caractéristiques communes

1)    L'orientation pédagogique fournit ou intègre des stratégies d'apprentissage dans l'enseignement. Celles-ci interfèrent avec les processus naturels par lesquels les apprenants tirent parti à la fois de leurs expériences antérieures et de leurs propres styles d'apprentissage. Le but est de construire de nouvelles connaissances qui leur permettront d'atteindre leurs objectifs.
2)    Les enseignants mettent aux défis les apprenants de résoudre des problèmes "authentiques" ou d'acquérir des connaissances complexes dans des contextes riches en informations sous forme de situations d’apprentissage appelées aussi situations problèmes.
3)    Le meilleur moyen d'acquérir des connaissances est l'expérience fondée sur les procédures de la discipline (c.-à-d. qu'ils considèrent le contenu pédagogique de l'expérience d'apprentissage comme identique aux méthodes et processus ou à l'épistémologie de la discipline étudiée).
4)    Les apprenants découvrent ou déduisent l'information essentielle par eux-mêmes.
5)    L’apprentissage est plus efficace dans un environnement non guidé ou peu guidé.
6)    Les apprenants construisent leurs propres apprentissages.
7)    De grandes quantités de guidage peuvent produire de très bonnes performances pendant la pratique, mais une trop grande quantité de guidage peut nuire à la performance ultérieure.

En se basant sur les avancées des sciences cognitives, un enseignement minimalement guidé prôné par l’enseignement constructiviste est susceptible d'être inefficace. Il sera beaucoup moins efficace et efficient qu’un enseignement fournissant un guidage conçu spécifiquement pour soutenir le traitement cognitif nécessaire à l'apprentissage.

Toute procédure d'enseignement qui ignore les structures qui constituent l'architecture cognitive humaine n'est pas susceptible d'être efficace. L'enseignement constructiviste proposante un guidage minimum semble se dérouler sans référence aux caractéristiques de la mémoire de travail, de la mémoire à long terme ou des relations complexes entre elles.

Bibliographie :
Kirschner, P. A., Sweller, J., & Clark, R. E. (2006). Why minimal guidance during instruction does not work: An analysis of the failure of constructivist, discovery, problem- based, experiential, and inquiry-based teaching. Educational psychologist, 41(2), 75-86.

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